Sept mois après le début du conflit au Moyen-Orient et les premières perturbations dans le détroit d’Ormuz, le secteur aérien français fait face à une crise persistante. Ce jeudi 8 octobre, la Fédération de l’aviation et de ses métiers (Fnam) a renouvelé sa demande, en collaboration avec l’Association internationale du transport aérien (IATA), pour instaurer un moratoire sur la règle d’utilisation des créneaux aéroportuaires, connue sous le nom de 'use it or lose it'.
Une hausse des coûts du kérosène
Les transporteurs justifient cette requête par une dégradation continue de leurs comptes : le prix du kérosène, qui était d’environ 750 dollars la tonne avant la crise, a atteint une moyenne de 1 600 dollars la tonne en septembre. Cette hausse des coûts se fera sentir durant le mois d’octobre. Pascal de Izaguirre, président de la Fnam, a déclaré : 'C’est une crise d’une ampleur exceptionnelle, et elle dure.' Il a également ajouté : 'Nous sommes capables d’amortir une crise, à condition qu’elle soit brève.'
Cette augmentation des coûts se produit alors que les mécanismes de couverture financière des compagnies arrivent à leur terme. Les transporteurs craignent de devoir absorber directement les surcoûts, sans possibilité de se couvrir à des tarifs acceptables.
Impact sur le trafic aérien
Dans un marché national où le trafic aérien stagne, les compagnies n'ont plus de marge de manœuvre. Afin d’éviter une perte financière importante, la profession demande la possibilité de réduire ses programmes sans pénalités commerciales. Le président a souligné : 'À ce niveau du prix du pétrole, il y a un certain nombre de vols qu’il est plus pertinent de ne pas faire voler.'
Dans les grands aéroports comme Paris-Charles de Gaulle ou Orly, les règles européennes obligent les transporteurs à opérer au moins 80% de leurs créneaux horaires, sinon ils perdent leurs droits d’atterrissage et de décollage pour la saison suivante. La Fnam appelle donc à réactiver une jurisprudence adoptée durant la crise de Covid-19 pour éviter les pénalités en cas de réduction de capacités.
Les défis juridiques et les demandes au gouvernement
Au printemps 2020, Bruxelles avait suspendu cette règle pour éviter les 'vols fantômes'. Aujourd'hui, l’IATA propose un mécanisme intermédiaire pour étaler l’attribution des créneaux sur six semaines, une option que la Fnam trouve négociable, à condition d’obtenir d’abord le moratoire. Pascal de Izaguirre a précisé : 'Nous parlerons des modalités une fois le moratoire obtenu.' Il a aussi déploré que sept mois après le début de la crise, le sujet n’a pas avancé.
Cependant, la Fnam fait face à une contradiction juridique. Les règles autorisent l’annulation de vols sans perte de créneaux, uniquement si les réservoirs des avions sont vides. Le président a reconnu : 'Aujourd’hui, nous n’avons pas d’inquiétude en matière de sécurité des approvisionnements.'
Pour Bruxelles, le coût élevé du carburant n'est pas un cas de force majeure, mais un risque courant. De plus, un moratoire figerait le marché, ce qui pourrait nuire aux aéroports qui perdraient des revenus sur chaque vol supprimé.
En l'absence d'avancées au niveau européen, la Fnam se tourne vers le gouvernement français. Elle demande des facilités de paiement pour les taxes aéroportuaires, un accès à de nouveaux prêts garantis par l’État et l’annulation des hausses fiscales prévues pour 2027. Ces revendications rejoignent celles du secteur à la suite de l’augmentation de la taxe sur les billets d'avion (TSBA) en 2025. Cependant, ces demandes n'ont pas encore abouti à des résultats concrets.